Pourquoi Paris ne doit surtout pas brader le Parc des Princes

La cession du Parc des princes au PSG n’est pas encore un projet tout à fait enterré. Le Conseil de Paris a adopté le 14 avril 2026 un vœu “relatif à la reprise des discussions avec le Paris Saint-Germain, concernant l’avenir du Parc des princes, dans le cadre d’un projet d’aménagement de la porte des princes”. Ce texte laisse craindre un dénouement préoccupant : une vente du stade à un prix minoré, en échange d’un engagement de travaux de rénovation de l’enceinte par le club.

Sauf qu’en réalité, la municipalité dispose d’un rapport de force favorable dans toute négociation potentielle concernant la cession du Parc des Princes, rendant toute minoration du prix injustifiable :

  1. Le PSG ne dispose d’aucune alternative crédible. D’abord, le projet de construction d’un nouveau stade ex nihilo se heurterait à des contraintes foncières et réglementaires majeures à Paris ou en petite couronne que même le PSG n’est pas prêt à affronter, en tout cas à court terme. Ensuite, l’hypothèse de l’acquisition d’un autre stade déjà existant en petite couronne est nulle et non avenue, car aucun ne possède la capacité d’accueil requise pour un club de cette ampleur. Sauf le Stade de France, mais il constitue une option surdimensionnée et inadaptée aux exigences d’un club résident souhaitant maîtriser pleinement son outil de travail. Enfin, comme le rappellent souvent les supporters, le PSG est indissociable du Parc des Princes. On connaît le slogan :  » le PSG c’est le Parc, le Parc c’est le PSG « . Le PSG ne peut pas se séparer du Parc sans créer une réelle rupture symbolique qui serait difficilement acceptable par son public.
  2. Même dans l’hypothèse où le PSG identifierait une solution de repli, la municipalité dispose d’une alternative sportive immédiate et crédible pour héberger un nouveau club au sein du Parc, avec le Paris FC, actuellement contraint par le partage du stade Jean Bouin avec le Stade Français.
  3. La Ville ne fait face à aucune impérieuse nécessité financière imposant la cession de cet actif. La vente du Parc ne saurait être considérée comme une variable d’ajustement budgétaire. Et ce, même si ce fanfaron de Grégoire s’était engagé de façon très imprudente pendant la campagne des municipales à intégrer le produit d’une éventuelle cession au financement des politiques publiques locales. Il serait de bon intelligence de renoncer à cette promesse à la con, ne serait-ce que pour aborder dans les meilleures conditions la négociation qui s’est ouverte.

Brader le Parc à un prix modique relèverait donc d’une grave erreur de gestion – qu’il faut à tout prix empêcher Grégoire de faire. Sur ce point, on peut espérer que sa propre administration saura prévenir une telle bourde (ne serait-ce que pour préserver l’image publique de Grégoire, à laquelle ce dernier tient par-dessus tout). Pour autant, il convient de réfléchir à la question de fond : la cession en elle-même du Parc est-elle vraiment opportune ?

Si on se place d’un point de vue de gestion urbaine et patrimoniale, la vente d’un tel équipement constituerait un dessaisissement irréversible du patrimoine public communal. Et le montage financier probable, c’est-à-dire une vente à prix décoté en contrepartie d’un engagement de rénovation par le PSG acquéreur, s’apparente sur le plan comptable à une subvention publique déguisée au profit d’intérêts privés, perdante à long terme pour la Ville. En effet, en cédant un actif stratégique en deçà de sa valeur vénale pour financer des travaux d’aménagement, la Ville annulerait le bénéfice net de la transaction, et perdrait donc définitivement la propriété foncière de l’équipement au passage, et par conséquent la possibilité de le louer et d’en tirer profit !

Outre ces aspects financiers, la préservation de la propriété publique du Parc des Princes s’impose au nom d’une politique patrimoniale et sportive cohérente. Dans un contexte parisien marqué par une extrême rareté foncière et des tensions majeures sur l’aménagement urbain, les grands équipements publics constituent un bien commun inestimable qu’il convient de sanctuariser et donc de ne surtout pas marchander.

Comme le soulignait le programme porté par Sophia Chikirou pendant la campagne en mars :

“ Le sport ne peut rester un privilège réservé à quelques-uns : il doit être reconnu comme un service public essentiel, favorisant la santé, le lien social et l’émancipation individuelle et collective. Par ailleurs, la marchandisation croissante du sport menace son accessibilité et son rôle social. La privatisation d’équipements, le sponsoring envahissant et la logique de rentabilité excluent une partie croissante de la population de la pratique sportive. À Paris, l’espace public et les équipements municipaux doivent rester des biens communs, dédiés à une pratique libre, gratuite et inclusive. Défendre le sport populaire, c’est refuser sa transformation en produit et garantir des espaces de pratique ouverts à toutes et tous. ”

Si, force est de constater qu’on est, avec le PSG, très loin aujourd’hui d’un modèle de club tourné vers une pratique populaire du sport, « gratuite et inclusive », on pourrait considérer qu’en rester au deal initial avec le Qatar est déjà une solution relativement satisfaisante. Si l’actionnaire du PSG souhaite moderniser le stade et continuer de faire joujou avec le club, il lui appartient de le faire, mais par un apport en capitaux propres, et tout en respectant les règles d’urbanisme de la Ville de Paris qui s’imposent à l’ensemble des acteurs publics et privés. La collectivité n’a cependant pas à garantir de retour sur investissement à un acteur privé par le biais d’un transfert de propriété foncière. Il n’est jamais bon de se soumettre à une puissance d’argent, a fortiori si on doit en payer le prix.

En tout état de cause, la protection des biens communaux et la sauvegarde de la souveraineté patrimoniale de la Ville doivent prévaloir sur toute considération financière de court terme.

Publications similaires